COURS N°1
Hygiénisme, premier souci environnemental du XIXe S.
La ville dans sa forme ancienne ou future restera le creuset et le symbole de la civilisation. Est-il utile de rappeler que cette dernière, en tant que matérialité, n’est pas considérée unanimement comme œuvre « positive » ?
La ville « idéale » se veut toujours comme matérialisation de la cité idéale. Construction sociale et politique, cette dernière s’entoure de normes juridiques pour assurer son harmonie, son équilibre et surtout sa durabilité. C’est en puisant dans ce principe, que les penseurs réussissent de passer allègrement de l’utopie littéraire à la conception des villes idéales. Cette transposition dans le monde sensible, d’un imaginaire « rhétorique » ne peut qu’aboutir à une autre utopie….N’oublions pas que des « projets » utopiques de naguère sont aujourd’hui réalité. Comme quoi, l’utopie est l’ultime exercice pour se diriger non seulement vers l’idéale, mais aussi vers le réel.
Les villes idéales ne sont sorties de l’imaginaire que sous l’effet conjugué de crises sociales et des avatars de l’industrialisation. Cependant même si elles se voulaient idéales, elles n’ont rien d’édéniques. Heureusement…..
Car, la mauvaise évaluation des effets de l’industrialisation et (surtout) la méconnaissance de la nature humaine, ont grandement contrariées les projets.
Dans cette optique, l’émergence de la valeur « environnementale » reste d’actualité, tant les consensus ne seront pas pour demain.
Cependant, force est de constater que cette question ne cesse de s’amplifier en se taillant un statut de fond. Des préoccupations hygiénistes portées par des utopistes et des médecins de la fin du XIXe S. à la deep ecology….l’importance acquise en moins d’un siècle par l’environnement est telle qu’elle provoque déjà quelques conflits…
Altermondialistes, Brigade anti-OGM, Green Peace sont des noms familiers à une grande majorité des terriens. Déjà, L. Ferry nous éclaire sur la montée vertigineuse du « nouvel ordre écologique » foncièrement fondamentaliste. C’est dire que la nature se décline également en tant que religion…et ses adeptes peuvent être également « fratricides ».
Cependant, l’urbanisme reste une discipline « lourde » pour entamer sa « mue ». Porté par un « corps monolithique d’ingénieurs standardisés par une formation homogène étroitement focalisée sur le quantitatif. …une caste férocement ostracisme d’homme d’art… », cette « technique » reste enserrée dans les carcans politiques et administratifs.
Ce statut de subalterne lui prévaut les pires griefs, à commencer par son manque de culture idéologique. Cette attitude n’est pas fausse…Car aujourd’hui que la question environnementale est à l’ordre du jour, l’urbaniste est appelé à trouver un compromis. Le politique, le promoteur, la société civile, le mouvement associatif et ses propres convictions….autant affirmer qu’il est dans un dilemme faustien….Non seulement il doit réussir, mais il doit bien réussir.
En tant que discipline, l’urbanisme est né avec la Révolution Industrielle. Il supplanta l’art urbain, qui considérait la ville comme « objet d’art » et même ce qui est convenu d’appeler préurbanisme.
Même en tant qu’objet artistique, la conception de la ville est approchée selon une mise en forme « spectaculaire» d’imposition/surimposition de l’effet de centralité, significative du pouvoir.
Commandée par les « cercles » du pouvoir, cet art a excellé dans la mise en place de configuration des lieux de « parade». Les avenues rectilignes, les carrefours rehaussés par des monuments et les places « royales » enserrées par des demeures majestueuses, sont toujours là pour rappeler un véritable âge d’or « pré urbanistique ».
Aujourd’hui, il y a parmi les urbanistes (particulièrement ceux, architectes à la base), ceux qui retrouvent dans cette pratique le fond « esthétique » qui manque aux réalisations contemporaines. (Les frères Krier, A.Rossi, Caniggia, R.Boffill, …sont les plus en vue.)
L’art urbain se préoccupait des proportions, de la régularité, de la symétrie et de la perspective. Ce sont ces aspects que nous admirons dans les anciens quartiers des villes : les places, les rues, les monuments et le mobilier tendent d’avantage vers une scénographie que vers l’ordre « fonctionnel ».
« C’est un savoir et une pratique relativement anciens, nous dit B.Huet, distinct de l’architecture et de l’urbanisme, qui donne une forme à la ville, plus particulièrement aux espaces publics ».
Esthétisme et hygiénisme
La concomitance des deux courants durant le XIXe S. particulièrement, procède des attitudes plus ou moins affichées envers l’industrie. Même si certains historiens affirment que l’esthétisme avait devancé de peu l’hygiénisme.
Provenant des travaux philosophiques (de Kant, Hegel) et moralistes (Ruskin, Morris), l’esthétisme se voulait une réponse à l’indigence culturelle et au processus « lethal » ramenés dans les sillons de l’industrialisation. La beauté serait incarnée dans l’énergie vitale des objets organiques…(selon Ruskin). Retour à la nature, Ruskin influença grandement le mouvement « arts and crafts ». Il prôna l’usage des formes gracieuses, ondulées et délicates, le charme doux et secret qu’inspirent le monde végétal et animal. Ce contemplatif de l’art ne pouvait pas dissimuler ses appréhensions face à la standardisation promise alors par l’industrialisation.
L’hygiénisme est né au début du XIXe S. d’une réflexion sur les maladies professionnelles et sur les conditions de vie des ouvriers attirés et employés dans l’industrie. Cet intérêt s’était traduit particulièrement par des lois et des mesures de protection sociale.
L’hygiénisme trouva chez le corps médical un fervent défenseur, il put, alors s’inscrire dans le cadre de la ville et la discipline qui la concerne (l’urbanisme). A partir de là, il a été un appui de dénonciation et de revendication.
Devenu politique, ce courant a été enfourché par les idéologies révolutionnaires. La Révolution Industrielle, l’urbanisation et le développement des médias (et des courants littéraires) ont orienté la réflexion et imaginé des nouveaux modes d’organisation sociaux et économiques ou le critère hygiénique occupait un rang fondamental.
Il faut dire que les élites et les détenteurs des capitaux ont défini des catégories pour identifier la « plèbe » ; puanteur, saleté, entassement.
Les deux courants ont trouvé une « résonance» philosophique commune pour s’associer. La vue et l’aération sont inséparable : dans le cas de la ville pressurée par les effets de l’industrie et la concentration humaine, l’œil a besoin lui aussi de respirer.
Par extension, il a été facile aux utopistes de lier le Beau au propre.
Plaisir et déplaisir sont les manifestations produites par la faculté de juger un objet. Est donc beau ce qui favorise l’accomplissement de la satisfaction. Toujours dans l’idéalisme kantien, l’agréable est ce qui « plait aux sens dans la sensation ». Cette dernière est une représentation objective des sens, et ne peut donc s’associer à un plaisir « esthétique » (par opposé, subjectif).
L’agréable et le bon (assimilables au bien-être), « ont tous deux une relation avec la faculté de désirer et ils comportent dans cette mesure, le premier, une satisfaction pathologiquement conditionnée (stimuli), l e second une satisfaction pratique pure… » .
Il ne faut également pas oublier que dans ces élucubrations philosophiques, il n’y a qu’un petit pas pour faire admettre cette idée « théologique » de la relation du beau à la pureté et du sale à l’impureté.
L’hygiène et l’esthétique ont participé à l’émergence de la discipline urbanistique. Même si l’un est prégnant, l’autre figure comme valeur incontournable dans la conception de la ville.
Pré urbanisme/urbanisme :
Sans aller répéter la classification de F.Choay, adoptons une démarche qui met face à face les deux courants : progressistes et culturalistes.
Si les premiers privilégient l’essor industriel en tant que champs contenant les réponses aux besoins de l’homme, l’homme-type, aboutissant naturellement à une universalisation des modes d’habiter ….Les culturalistes s’accrochent à une « image » de la cité, comme synthèse à un moment donné des faits historiques, idéologiques, artistiques. Chacun des deux a imaginé sa CITE IDEALE. Comme quoi, la polysémie sera la caractéristique principale de la discipline (l’urbanisme) qui allait naître.
Justement, cette discipline est-elle définissable ?
Discipline suppose donc un ensemble de règles que la pratique doit respecter. L’urbanisme s’était distingué (par rapport au préurbanisme) par cette pratique ayant pour objet la ville (actuelle ou future), s’inscrivant dans des modes de planification (contenant orientations, règlements, législations…). Cependant, cette réflexion agissante sur la ville s’appuie essentiellement sur la gestion des « populations », l’accomplissement des besoins, l’hygiène, l’esthétique … Cet ensemble de « champs » appelle des disciplines diverses, c’est ce qui a conduit à fonder l’urbanisme sur les bases scientifiques.
Au demeurant cette notion reste ambiguë, car elle aboutit généralement à des propositions de nature normative en voulant produire une connaissance sur la ville.
Aujourd’hui, en Grande Bretagne, la discipline est segmentée, offrant une panoplie de matières (universitaires et professionnelles) orientées vers soit l’ANALYSE ou la REALISATION : urban studies, urban design, town planning.
Les « métiers de la ville » semble être une trouvaille pour faire face à la confusion qui règne en France : génie urbain, management urbain, aménagement urbain, architecture urbaine…. Cependant ces qualifications ne favorisent aucunement l’identification d’une autorité scientifique, ni la nature de l’intervention de chacun.
En Algérie, l’urbanisme, officiellement contenue dans la formation d’architecte, demeure une discipline « présente », alors que l’urbaniste n’est pas identifié.
En somme, difficile à cerner, du moins sur le plan « professionnel », l’urbanisme est appelé à être une réflexion et une pratique, ayant pour objet la concrétisation de « l’établissement humain », quelque soit l’échelle, et surtout, il doit pouvoir insérer dans ses registres des nouveautés, telles les revendications sociales (exprimées en demandes environnementales, écologiques…). Ce qui lui confère également un « caractère prospectif ».
En définitive, l’urbanisme doit entamer sa mue et réfléchir sur la « territorialité » de l’homme habitant et mouvant, tout en veillant à prendre en charge ses besoins présents et futurs. La notion de territorialité appelle une forme de couverture spatiale et relationnelle et une attitude par rapport à l’environnement (écologie, social, économique…).
L’environnement, parlons-en !
Les progressistes (R. Owen, Ch. Fourier B. W. Richardson), défendent l’idée d’un progrès (apporté par la Révolution Industrielle) appelé à s’accompagner d’exigences hygiéniques. L’expression « urbanistique » se décline dans ce cadre urbain « troué » pour le passage de l’air et du soleil, ce vide est affecté à la verdure.
Les modernes (T.Garnier, Le Corbusier) prenant le relais, forts de leur intellect et de leur scientisme, s’engagent plus profondément à mettre de l’ordre. Le zoning s’installe, fixant ainsi les fonctions suprêmes et figeant les modèles culturels. La composition urbaine sacrifie la rue, stigmatisée, responsable du désordre circulatoire, les bâtiments s’isolent sur les tapis verts…. Les voies s’agrandissent.
Le principe haussmannien, n’avait pour appui ni une théorie sociale, ni une théorie d’aménagement. C’était juste l’autorité d’un préfet renforcée par un titre de Baron, et surtout « pistonnée » par l’empereur Napoléon, voulant adapter Paris à l’Ere Nouvelle. Ses prétendues visées hygiéniques et «décongestionnantes », ont été des prétextes pour manipuler les lois (expropriations) pour mettre les « gavroches» dans des ghettos et offrir le centre à une bourgeoisie en quête de « paix sociale ». Les « mémoires » du Baron trahissent quelque peu ses intentions : « grands édifices….plus agréables à l’œil…une défense plus aisée dans les jours d’émeute. » Les grands boulevards ne favorisent pas seulement la circulation de l’air et la lumière, mais aussi les troupes, une façon de rendre le peuple « bien portant et moins disposé à la révolte. »
Le Corbusier vouait une grande admiration pour Haussmann. Soyons précis….C’est à l’autorité du Baron qu’il se penchait. Car Paris haussmanisée, possède beaucoup de points communs avec les principes préconisés par les adeptes de l’art urbain et les culturalistes (Sitte, Unwin…). A l’opposé les modernes, éradiquèrent la rue, bien présente (à une autre échelle) dans les travaux d’Haussmann.
Faisons la notre ce constat de M. Ragon : « si Haussmann, fît disparaître les taudis les plus voyants du centre de Paris, il en suscita d’innombrables dans la périphérie ».
La ville idéale de R.Owen ne put se hisser au rang d’une structure inspiratrice, tant la « cité » est voulue comme un « concentration » ou la famille ne pouvait se prévaloir comme cellule de base.
A City of Health, de Richardson, bien qu’inspirée de l’utopie de T.More, n’avait que de souci pour la santé et l’hygiène. Hygeia, dénonçant le délabrement physique et moral des « ouvriers », la ville idéale, proposait la séparation par des espaces verts des usines et des logements. Ces derniers, de petites hauteurs, avec des toits terrasses, construites en briques vernissées, munies de vide-ordure, alimentées en eau courante chaude et froide devaient constituées le point fort de la ville idéale.
La ville industrielle, en pointe dans la lancée utopiste, a été imaginée par un architecte de formation : T.Garnier. Il est important de signaler que cette ville a été fondée sur des valeurs hygiéniques et sociales. D’autres parts, le choix du site (confluent d’un fleuve et d’un torrent) laisse penser que la géographie humaine n’était pas ignorée du concepteur (la sitologie). Séparation des zones résidentielles, des zones industrielles, l’hôpital à l’écart, le tout baigne dans la verdure.
Au delà d’une organisation socio-politique prônant le collectivisme, le modèle d’inspiration de l’architecte s’appuie sur le mythe d’Arcadie, représentant le pays du bonheur, ce lieu idyllique peuplé de berger vivant en harmonie avec la nature.
Les culturalistes, voyant le côté hideux (la verrue et le cancer) de la ville en proie à l’industrie, se « recroquevillent » sur les modèles urbains à forte connotation esthétique (issus de l’art urbain). Ruskin, Morris, appuyèrent le mouvement « arts and crafts » dont les modes d’inspiration proviennent de la nature. Il est vrai que ces « pré urbanistes » privilégiaient l’esthétisme, sauf, que ce dernier a été considéré par rapport à sa connotation « hygiénique » et moralisatrice.
C.Sitte inspirant R.Unwin, devança les progressistes. Evitant le zoning, la ville s’appuie sur l’espace public comme champs dans lequel s’inscrivent les relations humaines. Entourée d’une ceinture verte, la ville devient un lieu intime, proposant une variété « paysagère » pittoresque et féconde.
Même si la valeur hygiénique n’est pas explicitement déclarée, elle figure dans une philosophie profonde rappelant le romantisme « prussien ».
Reste la « cité-jardin » qui peut figurer dans les deux précédents courants urbanistiques. Et pour cause, E. Howard n’a en aucun moment « stigmatisé » l’industrialisation. Il a cependant rapproché la ville de la campagne. Ses « trois aimants » (ville, campagne, ville-campagne » neutralisent les « insuffisances » de chaque milieu et dans leur synthèse, ils aboutissent à un cadre social, paysager et économique complémentaire. L’application d’un « numerus clausus » se décline comme une institutionnalisation normative en matière d’urbanisme.
En effet, les principes de base de la « garden-city » étaient orientés pour favoriser un ordre « numérique » :
• Elimination de la spéculation foncière ;
• Maîtrise de la croissance démographique
• Limitation de la population dans la ville.
Sur le plan de la conception, le périmètre « bâti » est déterminé par les terrains agricoles (d’ailleurs proposés dans un ordre trois fois plus important), l’habitat y est individuel ou chacun peut bénéficier d’un jardin d’extension.
Ce « projet » voulant valoriser l’hygiène urbaine et surtout éviter le dépeuplement des campagnes, s’inscrivait dans une triple vision. Puritaine, ce principe religieux très « puissant » en Grande Bretagne se représente la « famille » comme cellule fondamentale de la société. Malthusienne, l’auteur des cités-jardins est « fasciné » par cette doctrine économique, au point ou son utopie voulait créer une société « autarcique ». Enfin, naturaliste, le milieu (jardin) envahit la ville et aère le tissu urbain.
Dans le monde arabe, les grandes villes sous occupation ottomane se sont souciées de l’hygiène prise dans un sens « urbain ». En effet, la morphologie urbaine correspondait à la répartition des quartiers résidentiels (hiérarchisés socialement) et souks abritant des activités commerciales et des zones regroupant les activités artisanales.
Ainsi, les tanneries (debbaghine), les abattoirs, les boucheries, les activités nécessitant l’usage de fours (potiers), les presses (huilerie), jugées polluantes étaient localisées dans les zones périphériques des villes. Les commerces de « luxe » (attarin, parfumeurs, serradjin, selliers…) , organisés en corporation , occupaient les souks centraux.
Cependant, même si l’urbanisme « oscillait » entre les autorités politiques, les autorités religieuses et les initiatives individuelles, la gestion des villes obéissait à une organisation administrative rigoureuse. Les « éboueurs » sous le commandement d’un Bach zebbal (Alger) veillaient au ramassage régulier des déchets ménagers. Transportés à dos d’âne les détritus étaient amoncelés dans des zones en dehors de la ville.
L’adduction de l’eau concernait exclusivement les fontaines publiques, alors que les maisons possédaient pour la plupart des citernes (madjen, pour Constantine). Concernant l’évacuation, l’égout semble inexistant.
Les jardins n’étaient aménagés que dans les grandes demeures beylicales. Le cas des riadh semble propre à une population andalouse, qui l’a ramené dans sa culture après avoir été chassée.
Toujours est-il, avec la forte densité à l’hectare, la présence des casernes, des bagnes et des souks dans les villes ne pouvaient favoriser une hygiène rigoureuse et favorable aux populations.
SYNTHESE
Durant cette période et même quand le Mouvement Moderne s’était imposé comme « doctrine » architecturale et urbanistique, la question de l’environnement n’avait de sens que par rapport à certains facteurs directement liés à la vie de l’homme.
En effet, l’environnement n’était perceptible que comme une notion présente mais « creuse », sans relief et sans portée profonde.
La compétitivité intellectuelle (scientifique et artistique) n’avait d’intérêt que pour les questions idéologiques. Les préurbanistes et les urbanistes s’attelaient à inscrire leurs projets dans le champ idéologique novateur. La Révolution Industrielle a favorisé la formation d’un prolétariat urbain, se distançant volontairement par rapport aux détenteurs des capitaux. Très vite, les problèmes liés à l’hygiène, à la pollution et à la démographie ont été désignés comme émanant des villes.
Ces dernières, qualifiées d’hideuses, ont été stigmatisées pour leur éloignement d’une esthétique et d’une beauté, figurant encore dans les villes héritées du moyen-âge.
Il faut cependant signaler que cette période (passage à l’urbanisme) était un tournant important dans l’histoire moderne. Autant techniquement que idéologiquement, les survivances de la période classiques avaient contrariées le projet de l’Homme Nouveau.
La morale, l’esthétique et l’hygiène gardaient leur statut de fondement sociétal. Ces champs se trouvaient souvent liés chez certains penseurs et philosophes. Le bon, le beau et le pur étaient les principaux ordres de la devise du Moyen-Âge ou la religion était prégnante.
L’environnement se déclinait sous le vocable de Nature, englobant air soleil et verdure…Cependant philosophiquement, ce champ trouvait chez certaines figures intellectuelles de fervents défenseurs déjà.
Les seules craintes relevées sont provoquées par l’entassement des populations, la démographie, les conditions d’hygiène….autant affirmer que l’environnement se limitait à ces champs sociaux.
Les conceptions urbanistiques de la fin du XIX e jusqu’à la seconde moitié du XX e siècle se prévalent toutes par leur souci de l’hygiène et de l’esthétique. Cependant, ils cachent mal leurs accointances aux détenteurs des capitaux. Haussmann ne pouvait nier que son principe était de faire de la capitale un lieu épuré des titis. L’hygiène n’est pas un souci, tant les masses déplacées s’étaient entassées dans les faubourgs. Hygeia, conçue exclusivement sur un programme « sanitaires » ne pouvait prétendre être autre figure qu’un gigantesque sanatorium.
Garnier montra le chemin en matière de conception urbanistique : l’environnement est un facteur déterminant, il est saisissable à travers l’apport d’autres disciplines : la géographie humaine, la sitologie.
Howard, planificateur et soucieux d’un équilibre ville/campagne, n’avait pas mesuré la portée de la croissance démographique et économique. Le sol tant protégé ne peut résister à la spéculation.
L’Homme Nouveau, belle trouvaille des pionniers du Mouvement Moderne, était voulu comme pure création des nouveaux démiurges. Cette créature travaillera sur des machines, se déplacera en utilisant des machines, habitera des « machines » et s’exposera au soleil et respirera l’air assis sous des arbres…..Ce sont ces machines qui mettront à mal l’environnement.
A.BOUCHAREB
decemebre 2007
Pour citer la source:
A.Bouchareb, Cours n° 1. Hygiénisme, premier souci environnemental du XIXe S. Post-graduation. Mod. Urbanisme et environnement. DAU. Univ. Mentouri. Constantine. 2007/2008. 8 p.