APPROCHE DU MODELE URBAIN CONTEMPORAIN (3)
QUELQUES HYPOTHESES
Le phénomène urbain en place apparaît comme un retournement forcé de l’Histoire. Car, il s’appuie non pas sur les capacités intrinsèques des sociétés, mais sur des doctrines économiques et des « prolongements » technologiques, comme moyens de contrôle.
Ces « accessoires » dont les "avantages" sont évidents aux premiers abords, sont premièrement des produits de consommation à large diffusion, ensuite des « fétiches » impliquant une dépendance accrue à des pôles de diffusion qui ont un pouvoir technologique performatif, ce qui fait perdurer la dépendance.
Cette polarisation est, somme toute préparée à imposer au monde une domination par la consécration des (certaines) villes en les dotant des principales institutions financières, politiques et technologiques.
Tout indique qu’il y avait une intention pour guider le monde vers une « mondialisation » concoctée, formulée et achevée. Le monde est mis devant le fait accompli.
Cette stratégie, savamment planifiée , s'est accommodée d’un large retrait et de l’impopularité des systèmes politiques socialistes, pour venir s’ériger en mode substitutif.
L’urbain introduit une échelle planétaire, non sans bousculer les modes temporels et spatiaux.
La fonctionnarisation des moyens de communication et d’information a imposé une nouvelle assimilation du temps et de l’espace. D’ailleurs ces deux entités sont réunies dans le néologisme de CHRONOTOPIE. Cette nouvelle donne contraint à des vécus et à des rythmes de plus en plus poussés.
La question urbaine s’est détachée des formes , des modes relationnels (transport , mouvement pendulaires, lieux de travails…) et d’un vécu limité.
Toujours est-il que cet urbain nous introduit dans des modes échappant à la rationalité.
Il génère des contradictions évidentes
Cette situation contraint à construire des modèles complexes dans une logique autre que mathématique ou formelle.
L'environnement configuré ne peut s’inscrire que dans une dialectique ou
dans une METAPHILOSOPHIE, dont le principe est le dépassement des situations de coexistence des contradictions.
L’approche du modèle qui caractérise l’urbain s’appuie sur la définition de critères basiques émanant des redondances issue d'une prospection du phénomène dans les travaux de recherche.
Cette démarche est préférée à une approche frontale qui reste contingente : elle peut conduire l’imagination à des champs féconds et fructueux et même fictifs, comme elle peut produire des simulacres d’un modèle régressif.
En tout état de cause, les critères de définition du modèle concernent la production issue du rapport société/espace, inscrite dans une dimension temporelle et répondant à une logique urbaine nouvelle.
1. LA SPATIALITE
La spatialité est intimement liée à l’échelle et donc à des capacités humaines à appréhender un territoire.
Très développée chez les phénoménologues, la territorialité introduit la notion de l’espace vécu et de la proxémique, comme rapport aux « autres ».
C’est le cas de la théorie des coquilles de A.MOLES et E.ROHMER.1972, qui définissent une typologie de huit zones, allant de la « bulle » dont les limites se superposent au volume couvert par les gestes immédiats à l’univers ou le « vaste monde ».
Et c’est finalement ce rapport à des coquilles qui appelle un exploration, et le vécu se trouvera complètement enrichi.
En effet, le vaste monde , à l’échelle de la planète se situe dans un « espace de projet , la zone de voyages et d’exploration, l’inconnu plus ou moins connu, le réservoir du nouveau» .
Par rapport à cette nouvelle donnée, cette coquille est complètement démystifiée, car elle devient accessible dans la virtualité, plus, elle offre autant de sécurité que la bulle personnelle.
A une échelle mondiale, l’espace est cristallisé dans un microcosme, contrôlé par des pôles urbains , sillonné par des flux, accessible et virtuellement hyperpolarisé; le village planétaire.
Donc, l’urbain est démystifiant , dans la mesure où il abolit les distances et ouvre les territoires les uns aux autres.
Cette démystification s’élargit au champs individuel, et à long terme aux rapports intimes , c’est-à-dire l’ouverture et l’accessibilité au MOI d’une manière sélective.
2. LA TEMPORALITE
Reconnaissons que la temporalité est fortement imprégnée des modes relationnels générés par le processus généralisé d’informatisation.
La temporalité est la manière dont une société appréhende le temps comme valeur et norme.
Passé le temps lié à la corporéité du primitif, le temps cyclique de l’agraire et le temps « sectorialisé » de l’industrie, la temporalité liée au nouveau modèle urbain est sous-tendue par des rapports au cyberespace.
Ces rapports supportés par les accessoires de la communication et de l’information imposent des rythmes très remarqués sur les pratiques sociales collectives et individuelles.
L’urbain introduit une dimension nouvelle chevauchant sur les temps sociaux et renforçant leur « chronaxie » .
Ainsi le temps « au monde », celui de se tenir informé en temps réel, s’impose comme une nécessité absolue.
Il interfère sur le temps « intime » de la construction du moi , et le temps social ou urbain en rapport avec la collectivité « spatiale » : « le temps fractal » développé par J.De ROSNAY(1999), comme coexistence des bulles temporelles dans le temps universel.
En conclusion, la temporalité issue de l’urbain introduit une spatialité « virtuelle », comme présence dans le temps et tout impliquant un rapport à l’espace , celui-ci est présent virtuellement.
3. LA SOCIALITE
La socialité , propriété humaine sui generis , est sujet à divers chamboulements, aussi bien individuels que collectifs.
En effet, la temporalité et la spatialité sont les paradigmes de l’organisation sociale et mentale des communautés et aussi de leurs rapports au monde…
Il y va sans dire qu’ils introduisent des mutations sociales immenses à commencer par les rapports aux modèles érigés en idéaux et qui souvent sont hors les sociétés d’appartenance.
Mêmes ces sociétés sont appelées à ajuster leurs institutions (famille, écoles universités) aux modèles « dominants », sous la pression et les tendances de leurs membres.
Il y a un déclin des sociétés classiques : « le monde social se présente comme un puzzle, en enchevêtrement d’organisations, de pratiques … »
C’est ainsi que les solidarités communautaires se construisent à travers les nouveaux modes relationnels en aboutissant à un néo-tribalisme temporaire, motivé par des intérêts communs.
Ces avantages sont en passe d'établir des trames sociales militantes sillonnant le monde et agissant réellement et localement ce qui crée une solidarité diffuse et efficace.
Ce néo-tribalisme s’accommode d’un «narcissisme » et d’une éthique interne fonctionnant comme une sacralisation d’un mythe unificateur, même marginalisé, excentrique et amorale (par rapport à l’ordre établi).
La recherche en sociologie semble ralentir tant le modèle en place ne convient plus aux méthodes utilisées par cette science.
En effet, face aux flux d’informations, aux rythmes des innovations et à l’insécurité due à la précarisation, l’individu est appelé réajuster ses « postures » culturelles et sociales : c’est la RESOCIALISATION, un exercice dynamique , mouvant et continu.
Ce mécanisme d’adaptation aux valeurs et aux normes de la communauté de référence engage dans une anomie , dans la mesure où l’ambivalence impose un rapport contradictoire ; à la fois à la société locale et à la communauté « virtuelle » diffuse mais présente.
En somme, l’urbain favorise la formation communautaire mais disloque les fondements sociaux de base ainsi que leur substrat culturel.
Il y a également dans cette situation une déconnexion d’une masse « non-modialisée » qui va former la frange des exclus, autre problématique issue de l’instauration de l’urbain.
4.LES FORMES URBAINES ET L’ESTHETIQUE
Voici la part allouée aux architectes et aux urbanistes. Ce « créneau » n’est pas épargné par la mondialisation.
Il y a chez ce corps d’intervenants sur l’espace ou de concepteurs avisés une culture idéologique insuffisante. Déjà dans l’histoire les travaux les plus remarqués étaient bien sur des oeuvres d’architectes ou d‘urbanistes dont la notoriété s’accompagnait des « sponsors » bienfaisants des princes, mécènes ou politiques (aujourd’hui).
Cette situation enferme de plus en plus ces concepteurs dans les caprices des financiers et des politiques, parfois populistes et parfois élitistes.
Bien sur, quelque uns ont fini par se doter d’une « signature » . Depuis l’architecte et l’urbaniste font parti de cette corporation de « star-system » , objet de convoitise pour les gestionnaires des villes, objectif: le marketing politique (car, il faut surtout se faire réélire).
Le discours est aussi réajusté, exigence du moment et surtout se proposant en relais favorable à l’hyperlibéralisme.
Ainsi, l’on assiste à un remake du Mouvement Moderne:LES NEO-MODERNISTES sont nés.
Leur discours est franc et sans équivoque ; la ville actuelle est un archaïsme « faite d’un bâti autour d’un espace public », une organisation spatiale « provinciale », qui n’est plus adaptée « ni aux nouveaux modes de vie, ni à une esthétique nerveuse, sensible au climat d’une époque marquée par l’électronique, les flux d’information, le flottement des valeurs, les déséquilibres incessants et fructueux ».
Le ton est donné, les idées foisonnent, les concepts se mondialisent.
Chez les urbanistes, les nouvelles « inventions » ont pour noms, mégalopoles, métropoles,cyberville et géopoles.
La tendance pour le reste est de réfléchir aux dommages « collatéraux » de la mondialisations à savoir : LES EXCLUS, les marginalisés, l’étalement urbain, les non-mondialisées, les déconnectés.
Bien sur ces concepteurs de « seconde zone », sont munis d’un somme de modes d’emploi, rassemblés sous le nom de DEVELOPPEMENT DURABLE.
Les architectes se sentent obligés de connecter tout le monde, ainsi, l’intelligence est en passe d’intégrer les projets comme mesure obligatoire. Dans les écoles spécialisées, l’introduction de la DOMOTIQUE est devenue nécessaire.
Concernant, l’esthétique le beau n’est plus (seulement) « ce qui plait sans concept » (Kant), il ne devient effectif que par une sa detemporalisation , une forme qui ne se présente que mentalement et individuellement dans l’éphémère : LE CLIP ou un arrêt sur image.
Cette esthétique se forge dans les principes même de l’urbain qui ne sont que contradictions ou « déséquilibres incessants et fructueux ».
En tout état de cause , la situation des concepteurs en tant que professionnels est menacée et pour reprendre une question clé de T.PAQUOT : « y aura-t- il un JOSE BOVE parmi les architectes et les urbanistes ?. »
Il semble difficile de se contenir ou d’adopter une position de neutralité vis-à-vis l’urbain tel que nous l’avions défini précédemment.
Le recours aux approches scientifiques classiques ne font que confirmer l’inefficience des méthodes en usage.
Et pour cause, nous nous trouvons devant des situations inimaginables : comment rendre compte d’un état dont le principe qui le fonde est basé sur la contradiction et sur la complémentarité du réel et du virtuel ?
Si nous invoquons depuis le départ le rôle des « accessoires » des communication et de l’information, c’est justement dans cet esprit , celui de l’éclatement de la spatialité physique, mais aussi de sa polarisation virtuellement. C’est aussi cette temporalité qui se définit dans l’infinitésimal, en instaurant le temps « mondial ». Il y a également cette « hyperubuquité », qui, jusque là attribut divin, est devenue un critère de l’urbanité, celle d’être partout et en même temps à la fois.
Il y a également dans cette « métamorphose » , un chamboulement qui dépasse l’entendement humain, et qui légitime le recours à des modes classés jusque là illogiques….Le problème ; nous ne sommes pas dans une situation utopique et pourtant il est question de virtualité…
La spatialité est en fonction des présences dynamiques qui continuent à définir les lieux mais sans une fixité, ni un nomadisme. Nous reconnaissons là une dimension de l’espace qui s’attache à l’homme mais en mouvement.
La nouvelle spatialité est génératrice de polarités « idéologiques » diverses, qui jugulent les limites et les obstacles institutionnelles pour constituer des solidarités diffuses mais effectives.
Cette spatialité doit beaucoup aux nouvelles technologies de l’information et de la communication en élargissant le champ de la mobilité , des distances et des espaces vécus.
Cependant, le monde scientifique se trouve tout à fait « déconnecté » par rapport aux situations provoquées par ces innovations. Le recours à la transdisciplinarité est proposé comme une panacée à une « impuissance » intellectuelle, un substitutif au langage qui s’évertue à interpréter les « choses » en usant de métaphores et autres paraboles inadéquates.
Déjà que cette situation indispose beaucoup de « spécialistes » et met leur profil existentiel en jeu, le monde scientifique est appelé à préparer sa reconversion : l’ère des généralistes est venue.
Ainsi, l’Internet signifie « la fin de la géographie » (F.LASSERRE), l’e-mail est l’instrument de base de la cyberville (F.ASCHER.1998), le « protheticus », l’homme des prothèses fait son apparition (F.CHOAY.).les architectes et les urbanistes « sans cachet », se trouvent à assurer des missions secondaires dans le processus de production du bâti, il y a « urgence ».
D’autre part, ces innovations semblent provoquer une panique et une phobie de plus en plus grandissante. Cette crainte liée à l’environnement (comme si l’homme se rappelle d’un coup qu’il fait partie intégrale de l’éco-systeme), est rapidement gérée par une orientation des discours sur d’autres intérêts , un pléonasme ; le développement durable.
Bref, notre intérêt par rapport à cette démonstration est l’identification des contours d’un modèle urbain, aujourd’hui limité à un champs mondialisé et globalisé et qui ne manquera pas de s’étendre demain sur les « friches » dont font parties les PVD.
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