ARCHITECTE: METIER ET PROFESSION
Dans les récents changements doctrinaires, l’architecture oscille entre métier et profession.
En effet, à travers l’histoire, l’architecture semble incapable de se passer des faveurs d’un « protectorat » lui offrant l’occasion de se vautrer librement.
Ainsi vient-on souvent à considérer le commanditaire d’un édifice comme son auteur.
Même l’académisme de Colbert fondé pour organiser et contrôler la profession et la corporation en France en 1671, avait nécessité l’appui de l’Etat tout puissant.
Toujours est-il que les architectes assurés alors d’une certaine protection et d’une « légitimité » artistique[1], avaient souvent imaginé et matérialisé les extravagances des despotes et autres dictateurs.
L’architecte n’arrive pas à se défaire de ce « paternalisme » qui l’oblige à être peu regardant sur les questions idéologiques, allant jusqu’à produire des argumentaires hallucinants : « la passion de bâtir » est un véritable symptôme.
« Ils ont même envi de réchauffer le cadavre de Dieu pour refaire des églises, parce qu’il y a une chose qu’ils savent, c’est que cela put être beau et si Dieu est mort il n’y a tout de même pas de raison de ne pas faire l’édifice.. ».[2]
Aujourd’hui, le mode de production architecturale est institué en véritable champ de marketing dans lequel des pratiquants « actors studio », ayant le « vent en poupe », deviennent les chantres inespérés de la mondialisation en épousant illico les principes de l’hyper-libéralisme.
Ainsi, la « signature » (ou la griffe) est instituée en un élément fondamental dans la réussite et la portée du projet, allant jusqu’à asseoir un « marketing urbain ». Pour les élus il s’agit de se faire réélire : la commande traitée par une « griffe » internationale, est un véritable atout politio-médiatique.
Ainsi, l’architecture a acquis un pouvoir de séduction essentiellement politique. Les transarchitectes reproduisent des ouvrages hypermédiatisés, instaurant un système de symbole, qui finit par s’ériger en référence universelle.
Nous constatons qu’aussi bien le métier que le champ de l’architecture évoluent en étroite relation avec les conjonctures politiques, sociales et techniques.
Cette discipline insérée dans les registres de la mode, tend à joindre l’ « éphémère » et la culture du
« jetable ». Après tout, il faut bien produire plus que les « rappeurs » ou les stylistes….
[1] C’est le cas d’Auguste Perret, de Speer et du Corbusier, qui avait « trouvé des affinités avec respectivement, Mussolini, Hitler et les colonisateurs d’Alger…
[2] CASTRO Roland Architecture et politique depuis 1966 in Ville, formes symboliques, pouvoir, projet. Eb P.Mardaga.Bruxelles/Liege.1986.pp.87-96. Cet architecte se disant communiste et athée, justifie le fait de concevoir des églises…