MUTATION ET PROSPECTIVE
MUTATIONS URBAINES OU PROSPECTIVES URBAINES ?
Prétendre étudier les modèles urbains de demain, commande essentiellement une série de clarifications nécessaires pour lever toute équivoque quand à la portée « philosophique » et méthodologique de cet exercice.
Car, il y a effectivement une équivoque à lever.
Cette approche conceptuelle est lancée dans le but de fixer les concepts de base et des principes sur lesquels, nous entendons nous appuyer pour mener ce travail à terme.
La principale équivoque se situe dans la définition de l’objet de recherche :
Ce travail se penche-t-il sur une approche prospective de l’urbain ou s’attache-t-il à définir les mutations urbaines, si rapides et si dominantes qu’elles semblent guider vers des modèles urbains totalement nouveaux ?
La réponse à cette question doit constituer la base « épistémologique » et inspirer le « fil directeur » pour asseoir une « source conceptuelle ou philosophique » non seulement comme parti mais comme mode explicatif au travail.
Confrontation et méthode.
Mutations urbaines et prospectives urbaines ne s’inscrivent pas à priori dans un processus diachronique ; au contraire elles semblent à travers une lecture généralisante, qu’elles établissent des relations de complémentarité , SUCCESSION ou de PROXIMITE.
Cette première analyse, engage dans une situation comparative, sans prétendue recherche d’antinomie.
La prospective
La prospective procède par opérationnalité, c’est-à-dire qu’elle se définit dans un champs d’actions, auxiliaires certes, mais se situant dans la représentation des scénarios avec à l’origine les innovations technologiques ou juridiques (dans tous les cas instrumentales) dans des situations sociales.
A ce niveau, elle vise une optimisation des impacts et « retombées ».
Cette lecture en fait de la prospective une « technique » dénudée de toute objectivité et de toute « innocence ».
Et c’est donc c’est dans ce jugement qu’elle échappe à la rigueur scientifique pour demeurer dans les registres de la subjectivité et des performances individuelles.
Sans être un art, la prospective s’appuie sur la représentation , non pas comme « imaginaire » irrationnel mais comme une capacité d’intégrer la connaissance et par là d’envisager des situations comme variantes, d’établir les modalités d’actions et enfin d’opérer par interventions planifiées.
Il y a là les attributs d’une approche « théorico-opératoire » , une technique savante, une anticipation ( parfois sans appui rationnel et même intuitionniste), qui permet de « construire » des scénarios ( surtout à délimiter les extrêmes, l’IDEAL et le CATASTROPHIQUE).
Cette scénarisation a également pour l’objet la construction de « modèles » comme artefact , élaborés bien sûr dans le recherche d’une adhésion sociale (exemple : la publicité) .
La prospective « procède par représentation, et de trois manières conjointes : elle imagine des scénarios et scénarise des image (représentations analogiques) ; elle génère des visions et tente de les faire partager (représentations collectives) ; elle est aussi en quête de représentants (représentation sociale et institutionnelle), représentants d’un commerce dont la valeur d’échange est la capacité d’anticipation ». DEBARBIEUX B. et Al . p.27.2001.
Il y a également dans la prospective une dimension temporelle celle qui regarde le futur (d’où son étymologie), non comme champ de la temporalité du scénario mais comme son territoire.
En quelque sorte la prospective fixe le lieu (en tant que champs social et institutionnel) de sa représentation et de son opérabilité.
Finalement, la prospective est d’avantage une technique élaborée par une représentation subjective et visant un objectif opérationnel. Ses modes ne cherchent nullement une neutralité, tout au contraire, son «rendu » ambitionne des adhésions sans réserve.
Les mutations
Qu’est ce les mutations ?
De mutare (changer ou échanger) la mutation est une notion applicable à la biologie , tant son utilisation est attachée aux changements affectant le corps des êtres vivants.
« La mutation s’oppose à la variation qui est lente et ne devient sensible qu’après un certain nombre de générations ayant varié dans le même sens . Elle suppose donc une modification dans le germe (et par la suite héréditaire, tandis que la variation n’affecte que le soma. »P.FOULQUIE.1982
Toujours dans le domaine biologique, J.MAROLLEAU (1975), opère une distinction entre mutation et métamorphose, où la première est « phénomène essentiellement local et contingent, provoqué par un nombre indéfini de facteurs possibles et dont les effets variables en intensité et en étendue, sont rapides et limités, comme la réaction de riposte du vivant.. ».
La métamorphose est un phénomène « allométrique » provoqué par l’unique facteur : le temps « ou plus précisément une variation de vitesse d’un processus vital. »
Appliquée aux phénomènes sociaux, J.MAROLLEAU (1975) la mutation qui n’affecte pas le synchronisme de la société aura des effets perceptibles au niveau de la « micro-sociologie », mais dans le cas où elle interfère sur un ou plusieurs « rythmes de la société, en cause et provoque une variation chronaxique, elle sera potentiellement capable de déclencher un processus de métamorphose. La métamorphose implique sans réserve l’abandon des formes du passé ».
Cette dernière affirmation recoupe parfaitement le point de vue de G.ROCHER, pour qui la métamorphose est « toute transformation observable dans le temps qui affecte d’une manière qui ne soit pas que provisoire ou éphémère la structure ou le fonctionnement de l’organisation d’une collectivité et modifie le cours de son histoire. »
Cette transformation prise comme une valence positive, est assimilée au développement qui résulte chez A.TOURAINE.1974.59. du « passage d’une société d’un champ d’historicité à un autre. » ou l’historicité est la capacité de la société « de produire ses orientations sociales et culturelles à partir de son activité et de donner un « sens » à ses pratiques ».(p.56).
CONCLUSION
Entre mutation et prospective, il y a une éventuelle relation de causalité.
Prise comme « historicité » la mutation est le résultat d’un travail d’une société sur elle-même.
Ce travail suppose une certaine maîtrise des changements conséquents.
Il y a également dans ce travail une option « prospective », c’est-à-dire un travail tendancieux et incitatif.
Seulement, la mutation quand elle est produite par d’autres facteurs échappant au travail volontaire, elle affecte nécessairement le fonctionnement et le synchronisme des systèmes sociaux.
Il ressort de ce « crochet » épistémologique une nette distinction entre la mutation , objet d’une volonté et d’une prétention à maîtriser en amont et donc, elle s’apparente à une approche « prospective » et une mutation « involontaire » , comme produit cumulatif d’un processus social et échappant en général au système de contrôle.
Toujours est-il que nous retenons comme principe conceptuel ce qui suit :
- La prospective est le produit d’une intentionnalité , et de ce fait elle possède une propriéte incitative. Représentation biaisée, elle construit des modèles focalisant les adhésions sociale et institutionnelles pour des objectifs « partisans ».
- La mutation est le changement affectant les modes sociaux sans pour autant délaisser les modes traditionnels. La métamorphose est par contre le bouleversement affectant le champs « d’historicité » d’une société avec principalement une instauration de nouveaux modèles culturels , comportementaux et sociaux , qui ne manquent pas d’effacer les modes du passé.
- Le mutation ou la métamorphose objet d’une intention et visant un objectif avec à l’appui la représentation d’un scénario est l’objet d’une prospective, c’est-à-dire d’un changement guidé, et dont les conséquences au bout peuvent échapper à l’objectif assigné.
Mais , un écueil ne manquera pas de nous interpeller dans la suite de ce travail :
Dans la situation mondiale actuelle et au vu du développement technologique et surtout le mode de diffusion, l’urbain est-il l’objet d’une mutation ou d’une métamorphose ?