LE PATRIMOINE ?
Serait-il ce qui a été élaboré par les générations passées et qui a traversé les siècles sous diverses formes (orale, écrite, dessinée, bâtie…).
Mais cet héritage est-il naturellement accepté par les générations présentes ?
Y a-t-il obligation d’héritage ?
En réalité, la patrimonialisation (le fait de faire accéder un héritage au statut de patrimoine, donc au classement), est avant tout une prise de position sociale, un choix, une sélection de la commémoration.
Ainsi, le patrimoine se trouve inscrit dans les enjeux de la « sécurité et de la valeur »[1].
Sécurité et valeur ?
Si le patrimoine porte une valeur sociale fondamentale, il doit être légué : tout un processus de cumulation, de préservation et de retransmission doit être mobilisé. S’il n’existe pas, il est souvent (re)inventé pour apporter un ensemble de valeur confortant l’existentialisme social, (un leurre ontologique)[2] .
La préservation est aussi synonyme d’invention/réinvention du patrimoine ou du moins son sens. Cette mystification socialement nécessaire, est là pour décider d’un attachement à un fond "morale" des aïeux ou même de conquérants, jugé pur et héroïque . Un repère s’imposant en référence au présent et alimentant les égos ethniques, évitant ainsi de ce fondre dans la « mondialisation ».
L’enjeu patrimonial est, à l’échelle sociale, de l’ordre de l’identitaire, de l’essentialisme culturel.
Dans cette optique, la politique patrimoniale est souvent « réservée », elle sélectionne, elle valorise ce qui n’interfère pas ses objectifs, elle met en place tout l’arsenal juridique, financier et scientifique pour la promotion et la préservation du patrimoine.
Le patrimoine est inventé. Si l’enjeu social est pris en compte (le logement de plus de 100 000 Habitants sur 270 Ha), la préservation appuyée par l’ASM à Tunis, ne vise nullement la muséification, elle procède par interventions intégrées, apportant des conditions adéquates à la fonction résidentielle. Ainsi, la « spectacularisation » du patrimoine s’insère dans l’enjeu touristique, autre « financeurs » du champ social. En somme, le patrimoine « réinventé » est à la fois « logis » et « marchandise » touristique et en tant que tel, il tolère les « retouches » et même les impostures.
Cependant, les enjeux patrimoniaux sont toujours insérés dans les politiques publiques sous jacentes aux stratégies regroupant en priorité les constantes nationales. Comme nous l’avons signalé, cet intérêt au patrimoine est parfois sélectif, il ne considère que les objets et les monuments qui symbolisent des choix identitaires au détriment d’autres plus anciens.
Dans certains cas, ce sont des «communautés » qui prennent l’initiative pour assurer la protection de certains édifices : communautés religieuses, confréries, ethnies, associations scientifiques et culturelles …..