L'espace public à Constantine: un enjeu de la lutte urbaine...
L’espace public se manifeste chez les architectes, les urbanistes et les gestionnaires de la ville par ses qualités « ésthétiques » , décoratives et parfois fonctionnelles. Dans ce sens, en tant qu’espace métaphorique ou révélateurs des situations socio-urbaines, son approche commande des attitudes scientifiques et philosophiques autres. Il faut également préciser que chez les catégories professionnelles citées plus haut, le travail de J.Habermas n’a pas bénéficié d’une réception exceptionnelle. Et pourtant , l’ « intersubjectivité » s’exprimant sur l’espace public , met en scène des situations de communication intéréssantes entre acteurs aux motivations diverses.
Lire la ville, c’est également apposer un regard critique sur le « spectacle » qu’offre l’espace public. En effet, la « publicité » n’a de champ d’application que cet espace accessible et ouvert. Il constitue ainsi un enjeu fondamental, objet de stratégies savamment élaborées par les collectivités locales, par des groupes organisés (associations) ou par des individus pour signifier et « dire » leur présence en se rendant « visibles ». Faute d’un champ socio-politique ouvert, les pratiques exposées dans l’espace public des villes algériennes sous-tendent souvent des revendications à la considération de la situation sociale, culturelle et économique.
A Constantine, la diversité des « spectacles » sociaux est liée à la diversité morphologique et physique de l’espace public. Trimillénaire, la ville est un véritable palimpseste. La superposition des tracés urbains n’a pas vraiment effacé la trame des espaces publics de la période antique. Au contraire, certains espaces publics, jadis forums, sont aujourd’hui des places ou des « marchés » après avoir été des places « royales » ou souks. Certaines rues et ruelles ont été agrandies et nivelées dans le cadre de l’urbanisme colonial. D’autres n’ont pas été touchées (dans la Souika). Enfin, de grandes rues ont été pratiquées durant la colonisation française en perçant le tissu de la vieille ville.
Les formes des espaces publics sont donc au nombre de trois (au niveau du centre) : les espaces originaux localisés dans le tissu anciens faits de rues, ruelles et de placettes, les espaces issus des réaménagements effectués dans le tissu anciens (nivellement, percement…) et enfin les espaces publics formés dans le tissu coloniales (avenues, places, jardins publics…).
La diversité des usages correspond à la diversité formelle de l’espace public. Ces usages sont souvent issus des « détournements » tolérés par le pouvoir local (place transformée en parking, étalages sur les trottoirs et à même la chaussée…).
En somme, l’état des lieux de l’espace public à Constantine ne peut différer par rapport aux certaines villes que par l’historicité du centre urbain et la « citadinité » revendiquée par quelques couches des ses habitants. (un centre historique commande davantage d’expériences en matière de gestion et de maintenance, pratiques qui font vraiment défaut.)
Cependant cette situation n’est pas aussi « plane ». En témoin de l’actualité de la ville, l’espace public nous apparait comme un enjeu majeur pour surexposer les « revendications ». Ainsi, les gestionnaires de la ville (élus locaux et wilaya), les associations (quelques unes) et certaines franges de la populations se partagent la scène pour plus de visibilité et ainsi marquer la mémoire.
Cette situation engendre quelques conflits ( latents) mais réelles. L’intersubjectivité est une interaction entre différents acteurs, elle n’est pas seulement d’ordre langagier, elle est aussi identifiable dans les modes d’agir « publiquement ». L’espace public devient non seulement une scène pour s’exposer ses performances, exposer ses revendications ou ses attentes et un « squat » toléré (à défaut de politique publique efficace). Il est ainsi un enjeu important de survie (politique, culturel ou social).