la patrimonialisation
En Algérie, le patrimoine antique (punique, romain, byzantin et même libyque) ne bénéficie pas de la même attention que tout ce qui a été produit durant la conquête arabo-islamique et même ottoman. Les options politico-culturelles ont un caractère géographique, ethnique et religieux. Alors que les vestiges, romains et byzantins et même français évoquent dans l’idéologie nationale des caractères colonialistes et hérétiques.
Cependant, certaines associations prennent l’initiative pour assurer une « protection » précaire aux objets datant de cette époque, alors que les autorités locales montrent un intérêt « mesuré ». Derrière ces attachements, nous pouvons déceler parfois des caractères identitaires « essentialistes », religieux ou universalistes.
Il est permis donc de considérer que le processus de patrimonialisation n’est pas naturel : il renvoie souvent à un objectif de préservation des attitudes collectives, sociales, culturelles. Le repli sur la « convention » commande des accords implicites ou explicites, latents ou tacites.
En fin de compte, la patrimonialisation est la forme « primordiale » et pratique pour asseoir un « ordre » sur la base d’une admission (et d’adhésion) à des valeurs références du moins sur le plan de l’identité locale ou nationale.
Cependant cette patrimonialisation revêt un caractère sélectif ; prioritairement pour le patrimoine qui « polarise » des intérêts collectifs. De ce fait, la médiatisation accompagne souvent ce processus pour faire sortir l’objet patrimonial de la banalité et son « classement » au statut de monument.
Cette exceptionnalité s’appuie sur un la représentation « monumentale » de l’objet. Cependant, cette monumentalité ne s’appuie nullement sur la grandeur physique ou sur l’échelle, elle valorise surtout les aspects mémoriaux, les figures de styles, l’historicité, la notoriété sociale, culturelle et spirituelle.
C’est également cette exceptionnalité qui suggère des modes de (re) transmission d’un héritage, d’autant que ces « monuments » acquièrent une charge quasi sacrée. C’est aussi dans cette prise en charge que s’établit la relation entre un inventeur et un héritier. Si le premier avait élaboré cet objet dans des conditions dictées par des besoins précis et pressants, ou même sans contraintes particulières, le fait que ce produit ait traversé l’histoire, donc ayant résisté au temps, lui attribue un valeur nécessitant une prise en charge motivée.
La valeur de l’héritage se renforce encore davantage de :
· l’effet du temps, qui informe l’objet en agissant sur sa texture, son chromatisme,
· l’oralité, cette mémoire qui s’est « gonflée » en accompagnant de « zestes » anecdotiques histoire de l’objet, et qui se transmet également comme héritage.
L’héritage se décline sous diverses attitudes. Dans tous les cas de figures, ce sont des doctrines qui sont établies pour justifier les postures. Si les premières positions s’exposent dans la volonté de prendre en charge l’héritage, le refus, peut également adopté. Dans ce dernier cas, le refus ne peut être considéré comme « démission » sociale, ni comme une « trahison » filiale, il est souvent motivé par des considérations dogmatiques religieuses : tout êtres ou objets ici-bas sont appelés à disparaître….. .
Attitudes envers le patrimoine
Il y a également dans ce volet des dogmes idéologiques : des sociétés tournées résolument vers le futur, cette attitude leur impose d’éviter de s’encombrer des « charges » de tout héritage et du passé. Ainsi, n’est gardé de l’héritage que quelques vagues références réveillées à travers des occasions festives, la littérature ou le cinéma.
L’autre position consistant à attribuer à l’héritage un statut « stratégique » commande une multitude de mesures et de dispositions à élaborer et à instituer pour favoriser sa prise en charge au présent et au futur.
Cependant, l’arsenal juridico-administratif mis en place pour la préservation de l’héritage varie également selon les dogmes sociaux et culturels. Cela va de la muséification à l’usage socio-économique.
La muséification, si elle se décline sous la une forme d’ « extraire au temps » l’objet patrimonial, et l’ériger en relique, n’est pas moins une forme de patrimonialisation restreinte, car elle ne favorise pas la « dilatation » de la valeur et ni donne des occasions de créativité, ni suggére des enjeux « socio-économique » à même d’amorcer des apports favorables à la vie quotidienne.
Elle permet souvent de construire un registre de référents symboliques à fonctionnariser lors des crises identitaires. Dans tous les cas de figure la muséification ne peut être un adjuvant dans le parcours développementiste dont les enjeux sont d’ordres économiques, sociaux et même culturels.
C’est en considérant ces limitations que la muséification ne fait pas beaucoup d’émules. Les gestionnaires des villes et les architectes sont en pôle position pour s’opposer à l’institutionnalisation des reliques. En effet, vue comme improductive, la muséification exige une attention et des charges particulières, sans qu’en retour les dividendes soient visibles.
Pour les architectes, elle est un frein à la créativité, d’autant qu’elle fige la modèle et interdit donc tout « valeur ajoutée ».
La logique du patrimoine et la logique de développement local sont devenues quasi inséparables. En effet, le processus de patrimonialisation est rarement déclenché sans visées socio-économiques. Après tout, les centres anciens ou les quartiers anciens objets de patrimonialisation sont « occupés », par conséquent ils servent de support résidentiel à une partie des habitants et des activités commerciales.
La problématique des ces pans urbains se décline dans l’équation qui met en relation, la charge patrimoniale du cadre, la population habitante et l’insertion des exigences de confort. L’importance de chaque facteur commande des attitudes dépassant les seules réponses techniques, l’élaboration des politiques urbaines, des stratégies et des démarches allant des modes de financement à l’implication des habitants deviennent des enjeux nécessaires à la procédure.
Dans d’autres cas, la logique économique fonctionnarise le patrimoine, le cas du tourisme.
En première conclusion les attitudes dans la prise en charge du patrimoine se situent dans des dogmes allant de la « sacralisation » à l’usage à des fins de développement.
LES ENJEUX DU PATRIMOINE
Le patrimoine s’inscrit au préalable dans des politiques sociales et culturelles, le cadre
économique est venu s’insérer dans ces objectifs, annonçant que l’héritage intègre également le monde de l’offre et de la demande.
La patrimonialisation est motivée par des :
· phobies « sociales » :
Elles concernent ces « peurs » de l’avenir, ou de la modernité. Elles s’expriment dans le refus de dilution de certains groupes socioculturels ou ethniques dans les ensembles englobants .
La mise en relation de l’héritage avec l’identité prend parfois des allures « nationalistes », et de ce fait elle est insérée dans le volet « sécuritaire ». Le patrimoine naturel est également un objet d’intérêt majeur, motivé par des peurs écologiques.
· des doctrines humanistes :
L’héritage matériel ou immatériel est le propre de l’homme, et dans une certaine mesure une forme volontaire d’assumer la retransmission des valeurs entre générations. Il ne s’agit pas de pérenniser des ordres hérités, mais de les adapter aux situations contemporaines. Ainsi, les valeurs (l’échelle) constituent un ensemble de référents à même d’assurer l’équilibre et l’ordre social.
· Références techniques et scientifiques.
Tout patrimoine est une somme de « leçons » techniques élaborées pour faire face à des situations sociales et environnementales. Qu’elles soient artisanales ou « idéologiques », elles véhiculent un savoir construit sur la base d’expériences millénaires. De ce fait, le patrimoine devient une base de données « scientifiques » et techniques pour développer des modes de conception ou de réflexion pour l’avenir.
Ainsi, la patrimonialisation s’emploie à « inventer » le patrimoine. Au-delà des enjeux « ontologiques », existentiels ou essentiels, il devient un facteur d’appui au développement socio- urbain, à l’économie urbaine et développement local.
Ce sont ces enjeux qui dictent les formes de sa prise en charge.
En conclusion, les enjeux majeurs de la prise en charge patrimoine visent des objectifs
· idéologiques (identité, rattachement à la patrie, échelle des valeurs communes),
· psychologiques (attachement à des valeurs « authentiques », atténue les phobies),
· scientifiques (expériences techniques, cristallisation des savoirs),
· développement urbain (économie locale, politique sociale).