COURS N°2

Publié le par bouchareb

L’ENVIRONNEMENT : regain d’intérêt.

La culture : tout ce qui dans le milieu est du à l’homme. Cette définition intégrale reflète le champ de l’anthropologie culturelle proposée par Herskovits. Si courte, cette locution renvoie, cependant à la profondeur  des rapports de l’homme à son milieu.

A priori, dans cette relation, le distinguo entre les deux parties se mesure également à la puissance de l’un par rapport à l’autre.  L’homme, puissant, imaginatif, autoritaire peut inscrire ses modes, confectionner ses outils, dominer le milieu qui l’entoure. Ce dernier se présente comme une valeur neutre, dominée, soumise, malléable à souhait sous les ordres de l’homme. 

Le milieu : ne serait-il pas cet euphémisme désignant le  système complexe, composé de matière vivante et morte, liquide et gazeuse, de cycles, de relations établies dans un déterminisme implacable….. ?

Trêve de sournoiseries…Cette introduction était volontairement adoptée pour montrer cette indétermination face à un champ si complet et si gênant pour nous aujourd’hui. Car, renier que ce système environnant (appelons-le écosystème) est le même qu’il y a vingt siècles, c’est faire preuve de  d’irresponsabilité (doublée d’une ignorance).

Nous avions toujours fonctionné en légitimant un anthropocentrisme, posture confortable pour mater tout ce qui dans la nature, manifeste une résistance aussi minime soit-elle.  C’est toujours un moment de grande réjouissance et de puissance que de montrer qu’on a réussi à dompter la nature (à commencer par les animaux sauvages.)

Ne sommes-nous pas enchaînés dans les dogmes rationalistes et mêmes humanistes des Lumières ? Oublions-nous  ces formules qui  prétendent que l’affranchissement de l’homme doit passer par l’asservissement de la nature ? Cependant cette nature avait contenu dans ses registres d’autres humains (d’une couleur différente) et d’autres sentiments sans lesquels le monde tout autour ne sera qu’infernal. Ces derniers n’avaient pas échappé à l’asservissement. Ce sont les maîtres de l’Humanité….qui décident

Cependant, nous ne comptons nullement produire un  plaidoyer pour un mouvement « écolo », comme si nous nous découvrons subitement une fibre naturaliste, même si les problèmes environnementaux se posent actuellement avec une grande acuité.

Nous constatons que les réponses à la question de l’environnement dans les exercices pédagogiques (en architecture et dans les projets urbains)  que nous avions eu à encadrer ou à évaluer,  se limitent à des  répliques montrant quelques surfaces peintes en vert ou bleu uniquement.

C’est dire que l’environnement fait défaut déjà dans la perception « quotidienne ».  Comment alors se sensibiliser aux effets « indirects » ? Comment comprendre que l’option énergétique est fondamentale ? Comment comprendre qu’un kilomètre de route occasionne des pollutions importantes ? Des nuisances sonores gênantes ? Comment sensibiliser aux questions de gestion des déchets ménagers et autres plus nocifs ?

L’environnement n’est pas et ne sera pas un champ facile à comprendre et à saisir comme totalité, surtout pour les « démiurges ». Alors de là à le garder intact …….

Définitions :

Après les Trente Glorieuses, le sentiment diffus d’insécurité et des menaces pesait déjà sur la population intellectuelle celle des pays développés, particulièrement.

Les grands ensembles, nés le lendemain de la seconde Guerre Mondiale, aboutissement « obligatoire » de l’urbanisme moderne, ont contribués à favoriser les sentiments de déshumanisation. Des habitants frustrés, reconnaissant leurs besoins,  appuyés par des environnementalistes revendiquaient une meilleure qualité de vie.

La conjoncture aidant, (chocs pétroliers, précarité, chômage, racisme, maladies, pollutions, accidents nucléaires), les arguments des écologistes se trouvèrent si affûtés qu’ils se firent rallier par beaucoup d’adhérents. Finalement l’écologisme s’est hissé au rang d’une idéologie politique convoitant le pouvoir.

Les catastrophes alimentèrent les contestations radicales mues par les peurs des risques, des pénuries des ressources non renouvelables, la pollution de l’air et de l’eau.

En fait, l’environnement s’est trouvé au centre des préoccupations majeures de l’humanité suite aux déclarations alarmistes des chercheurs et des scientifiques.

Sa définition s’est trouvée tellement rectifiée par rapport aux contenus des différents dictionnaires. Ce ne sera plus le milieu qui nous entoure. Il est celui dans lequel un ORGANISME fonctionne, incluant l’air, l’eau, la terre, les ressources naturelles, la flore, la faune, les êtres humains et leurs interrelations.

A cette stabilité (ou passivité) du milieu, l’homme ne fait figure que d’un élément dans un ensemble.

Pour les « verts » c’est ensemble de conditions naturelles (physiques, géographiques, biologiques, sociales ; culturelles et politiques) dans lesquelles se développent les organismes vivants. Se dégage ici, une forme d’équilibre fragile, dont le moindre désajustement provoque  une perturbation générale, avec pour conséquences des effets néfastes sur les êtres vivants.

Cependant, si l’on se penche sur tous les aspects classés dans la catégorie « environnement », nous nous retrouverons avec une multitude de phénomènes et de domaines  souvent sans relations :  
• Organismes génétiquement modifiés ;
• Pollution de l’air et de l’air ;
• Conservation de paysages et espèces ;
• Gestion des déchets :
• Phénomènes géographiques, physiques, chimiques…


En conclusion, l’environnement est ce cadre englobant les conditions propices à un accomplissement des interrelations entre les êtres vivants et les composantes essentielles à la survie. Cet équilibre « biologique » est en somme tributaire de la préservation et du fonctionnement optimum des éléments, de sorte que l’affectation d’une composante se répercutera sur  le rendement du système (ou l’écosystème).  

L’environnementalisme poursuit l’écologisme humain (anthropocentrisme), en opposition à un courant fondamentaliste américain ; la deep ecology (écologie profonde).

Cette dernière revendique le droit de la nature comme telle (y compris ses formes végétales et minérales). Dérision, c’est l’on considère cette doctrine de point de vue de la logique « habituelle ». Cependant ce courant a fait école, en remettant en cause l’humanisme tel qu’il est défini actuellement. Si cet ecocentrisme  se décline par rapport à son sens « profondément » humain, il n’empêche qu’il tend à prôner des attitudes anti-démocratiques, mettant en question la principale invention de l’homme, même  si elle recèle toujours des imperfections. Les visionnaires voient déjà dans l’ecocentrisme  les replis sur le scientisme sous contrôle de la morale.  

Déjà, en attribuant une raison sociale à la nature, les adeptes de l’écologie profonde s’en constituent en défenseurs acharnés, leurs réquisitoires comme leurs plaidoiries trouvent des griefs et des « intérêts » pour faire prévaloir les « dommages » causés par le développement prôné  par l’homme. Ce à quoi, les « modérés » y trouvent déjà des formes anthropomorphiques, présentées par des « anthropocentristes ». Car ils oublient que la valorisation de la NATURE, est un fait CULTUREL, qui ne peut être qu’une œuvre de l’homme. (Et le plus simple est  le fait de s’émerveiller devant un paysage naturel.)

Ce courant dans lequel des mouvements et des associations bien structurées et bien équipées  (ex : Green Peace, WWW…) est né des attitudes surtout germaniques de la fin du XIXe et début du XXe S. 

Hitler disait dans un de ses discours : « Im neun Reich darf es keine Tierquälerei mehr geben » . Ce qui avait inspiré la loi du 24 Novembre 1933 sur la protection des animaux (Tierschutzgesetz).  Le 3 Juillet 1934, il promulgua la loi limitant la chasse (Reichsjagdgesetz). Et le 1 juillet 1935,  (Reichsnaturschutzgesetz), la publication de la loi sur la protection de la nature était adoptée,  qualifiée par les spécialistes contemporains de « monument de l’écologie moderne ».

Aujourd’hui, il est facile combattre l’ecocentrisme au nom des souvenirs et de ses analogies génétiques avec le régime « nazi ». Comme quoi, le dilemme est installé ; on est d’un côté ou de l’autre. Si on manifeste quelques sympathies à la deep ecology, on est automatiquement étiqueté ….

Mais cherchons plus profondément l’origine de cet écologisme germanique. L. Ferry, en bon « gaulois », le ramène à ce distinguo que les philosophes, les auteurs et les artistes allemands voulaient consacrer par rapport aux penseurs français (des Lumières). Le principe se situe au cœur de la relation Homme/Nature. L’homme est-il une entité à part dans la nature ? Fait-il partie intégrante d’elle ?

Rousseau et le cartésianisme n’hésitent pas à mettre en avant le caractère « machinal » et mécanique de la nature.  L’animal pour Descartes n’est qu’une machine « programmée ». L’hirondelle fait printemps, ce n’est qu’une horloge qui indique un moment…et les cris de souffrance d’un animal ne reflètent que les « sonneries » indiquant une heure du jour…(des coucous …. !).

Pour Rousseau, les phénomènes dans la nature ne s’accomplissent que dans un ordre répétitif, mécanique. C’est cette absence de volonté qui met en évidence le déterminisme. L’homme par contre peut agir que par un vouloir signifiant liberté. Par conséquent, ce dernier peut bénéficier d’un droit.

Accordons-nous cette digression ! Ce sont-là  les idées -maîtresses qui ont été enfourchées pour instituer l’esclavage….Car, il était facile pour certains bâtisseurs d’empire, de rapprocher ces peuples « sauvages » des hordes animales. Beaucoup de temps s’était écoulé pour admettre le « droit à la différence ».

Le romantisme allemand est né cependant dans cette volonté de considérer l’homme comme partie intégrante de la nature. W. Schoenichen, affirmait que le respect des   créatures de la nature est inscrit dans le sang des peuples du Nord. C’est ce qui peut prévaloir à cette culture un « essentialisme » contenu dans la souche profonde. Il est biologique, génétique, c’est aussi ce « vitalisme » qui a toujours caractérisé les peuples vivants en symbiose avec la nature.

Allant plus loin, Schoenichen, récuse l’étymologie natura, bien française. Il préfère le terme grec de phuo (du substantif phusis), signifiant croitre, être né. Physique, est une préférence renvoyant à des phénomènes qui se sont faits d’eux-mêmes sans intervention de l’homme.

Voilà un trait fondamental de l’art et de la littérature allemande. Organicisme, s’oppose au géométrisme rigoureux : le sublime kantien, la poésie de Novalis et d’Holderlein, la musique de Wagner en sont les expressions …

En France, la nature « humanisée » se prévaut également de la beauté. Les jardins dessinés  par Le nôtre, sont également objets d’émerveillement…La géométrie informe la nature. L’homme dresse des animaux sauvages, et d’autres hommes considérés  comme sauvages. Il a fallu une loi (Loi Grammont au milieu du XIX e S.) pour interdire la cruauté envers les animaux lors des spectacles publics. Cependant, cette loi n’était pas instituée en faveur des animaux…Elle était destinée à protéger « les âmes sensibles » des humains qui ne pouvaient supporter les « gémissements » des bêtes.

Arrêtons ici. Et de notre piédestal actuel, méditons sur ces deux expressions connues en principe des architectes :

L’ «homme habite en poète » et la « machine à habiter ».

Question : dans laquelle des deux locutions, l’environnement s’impose comme facteur majeur dans la conception et le vécu de l’habitation ? 
 

A.BOUCHAREB
decembre 2007

Pour citer  la source:
A.Bouchareb, Cours  n° 2. L' environnement, regain d'intérêt. Post-graduation. Mod. Urbanisme et environnement. DAU. Univ. Mentouri. Constantine. 2007/2008. 4 p.


 

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